Journal de bord : mon premier 500 km en bikepacking race

Le récit honnête d'une première aventure ultra distance, finie de justesse, avec ses doutes et ses moments de grâce. Pas un récit de héros, juste un coureur de 38 ans qui a mis 6 mois à oser et 3 jours à finir.

Vendredi 18 h — La veille

J'ai fait mes sacoches trois fois. À chaque fois, j'ai retiré quelque chose. Au bout, j'ai 5,8 kg de bagages. Mon vélo est révisé depuis dix jours. Le briefing était ce matin. Je connais le tracé par cœur. Et pourtant, je n'arrive pas à dormir. C'est la première fois depuis l'inscription, en novembre dernier, que la peur reprend le dessus.

Je me dis : « Ils ne savent pas qui je suis. Ils me prennent pour un coureur. Demain, ils vont voir que je n'en suis pas un. » C'est exactement ce qui se passe dans la tête, la veille d'une première. Le cas a été décrit mille fois. Ça ne le rend pas plus facile à vivre.

Samedi 6 h 30 — Le départ

Quarante-deux coureurs sur la ligne. Moi à l'arrière. Le jeu, m'a-t-on dit, c'est de partir lentement et de finir fier. Je le répète comme un mantra. Top départ. Je vois les premiers s'envoler. Je tiens 22 km/h sur les premiers kilomètres, pas plus. Le temps est gris, frais, parfait.

Au km 60, je me sens étrangement bien. Premier ravito spontané dans une boulangerie de village. Une chocolatine, un café, je repars. Je commence à comprendre pourquoi les anciens disent que les 100 premiers kilomètres ne sont rien.

Samedi 14 h — Km 130

Premier vrai repas. Pâtes carbonara dans un bistrot de bord de route. 35 minutes assis. Quand je remonte sur le vélo, mes jambes sont raides. Je passe 10 km à me dire que c'est foutu. Puis ça se débloque. Je comprends qu'en ultra, ce n'est jamais foutu — sauf si tu décides que c'est foutu.

Samedi 20 h — Km 220, hôtel imprévu

Mon plan disait bivouac. La pluie qui tombe depuis 18 h dit autre chose. Je trouve un Ibis Budget dans une zone industrielle. 52 €. La douche chaude est la meilleure de ma vie. Je m'effondre sur le lit en cuissard, puis je me force à me déshabiller, à manger une pizza commandée à un livreur, à boire 1 L d'eau.

Je règle le réveil à 4 h 30. Avant de m'endormir, j'envoie un message à ma femme : « 220 km, ça va. » Elle répond avec un cœur. Je dors comme une masse.

Dimanche 4 h 30 — Km 220, redémarrage

Le réveil est terrible. Mes jambes me disent non. Je grogne. Je mange le petit-déjeuner d'hôtel d'un trait : pain, beurre, confiture, deux yaourts, deux cafés. Je remonte sur le vélo dans le froid noir. Les premiers 20 km sont un cauchemar. Puis l'aube se lève. Je rentre dans une vallée que je ne connaissais pas. Je vois le brouillard se dissiper sur une rivière. Je me dis : « C'est pour ça qu'on fait ça. »

Dimanche 11 h — Km 320, le creux

Je m'attendais aux jambes lourdes. Je ne m'attendais pas au creux mental. Subitement, à un croisement de chemin, je m'arrête. Je m'assieds sur un muret. Je commence à pleurer sans raison. Je veux rentrer. Je veux ne plus jamais faire de vélo. Je sors mon téléphone. J'allais appeler ma femme pour qu'elle vienne me chercher.

Et puis je me souviens de la règle des trois H. As-tu mangé ? Pas depuis 3 heures. As-tu dormi ? 6 h, c'est pas mal. As-tu parlé à quelqu'un ? Non. J'appelle ma femme. Elle me parle pendant 12 minutes. Elle ne dit pas grand-chose. Elle écoute. Quand je raccroche, je sors un sandwich, je le mange. Je bois 500 ml d'eau. J'attends 20 minutes.

Vingt minutes plus tard, l'envie d'abandonner avait disparu. Disparue. Je pédalais à nouveau. Je n'ai pas pleuré une seule fois jusqu'à la ligne d'arrivée.

Dimanche 23 h — Km 410, deuxième nuit, en bivouac cette fois

Je trouve un préau d'école désaffectée. Je me sens à l'aise comme jamais. Je sors mon tarp, mon sac de couchage, je dîne d'un sandwich et d'une bière. Je m'endors en 4 minutes. Pas d'angoisse, pas de bruits qui réveillent. Le corps a basculé.

Lundi 5 h — Km 410, dernière étape

Le plus dur est fait. 90 km à parcourir. Mes jambes me lâchent dans les côtes mais je ne m'en soucie plus. Je sais que je vais finir. C'est juste une question d'heures.

Lundi 14 h 12 — Km 500, l'arrivée

Je passe la ligne. Personne ne m'attend (les premiers sont arrivés la veille au soir). Un bénévole me tend une bière. Il dit : « Bravo. » Je ne sais pas quoi répondre. Je m'assieds par terre à côté de mon vélo. Je reste comme ça quinze minutes, sans bouger, en regardant mes mains. Elles sont noires de cambouis et de poussière.

Quelque chose en moi a changé. Pas grand-chose. Une petite ligne déplacée. Mais cette ligne ne reviendra plus jamais à sa place.

Trois leçons que personne ne m'avait dites

  1. L'ultra distance se joue dans la tête, mais ce n'est pas grandiose. Le mental, ce n'est pas du courage héroïque. C'est se rappeler de manger quand on n'a pas faim, et d'appeler sa femme quand on veut pleurer.
  2. Le matériel ne fait rien. J'ai roulé sur un vélo de 4 ans à 1 800 €. À l'arrivée, à côté de moi, un coureur de 60 ans avec un Specialized Diverge à 7 000 €. Il m'a dit : « Belle première. » Le vélo ne fait pas le coureur.
  3. Le creux est un passage, pas un signal. Si tu décides d'abandonner pendant un creux, tu te trompes 80 % du temps. Attends. Mange. Parle. La décision juste se prend la tête vide.

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