L'abandon n'est pas un échec : comment bien arrêter
Personne n'aime parler d'abandon. C'est pourtant une possibilité réelle en première aventure ultra distance. Autant s'y préparer, pour qu'un éventuel DNF soit une étape sur ton chemin — pas un traumatisme qui ferme la porte à la discipline.
Un échec, c'est de ne pas s'inscrire, de ne pas partir, de ne pas essayer. Un abandon, c'est une tentative qui n'a pas abouti — et c'est déjà infiniment plus que ce que font 95 % des gens à qui on parle d'aventure ultra distance.
Les bons abandons
Un bon abandon, c'est un abandon pris pour la bonne raison, au bon moment, et accepté.
Bonnes raisons :
- Blessure qui s'aggrave (tendinite, lombalgie aiguë, scratch ouvert)
- Maladie déclarée (fièvre, gastro)
- Accident mécanique grave et non réparable sur place
- Conditions météo dangereuses (orage prolongé, vent à 100 km/h)
- Risque de mise en danger d'autrui (perte de jugement par épuisement)
Bon moment :
- Pas dans un creux émotionnel
- Pas à 3 h du matin sans avoir mangé depuis 6 heures
- Pas sur un coup de tête
- Idéalement, dans un point de civilisation (gare, hôtel, ravito) plutôt qu'au milieu de nulle part
Les mauvais abandons
Un mauvais abandon, c'est : « J'en ai marre. » Presque toujours, cette phrase ne survit pas à un bon repas chaud, deux heures de sommeil et un appel à un proche.
- As-tu mangé un vrai repas dans la dernière heure ?
- As-tu dormi au moins 1 heure dans les 12 dernières heures ?
- As-tu parlé à quelqu'un (proche, autre coureur, organisation) dans la dernière heure ?
Les creux émotionnels : ce qu'il se passe vraiment
En ultra distance, les creux mentaux sont la règle, pas l'exception. Tu vas en traverser plusieurs sur 500 km. Voici les déclencheurs typiques :
- Hypoglycémie déguisée : tu n'as pas faim mais ton corps manque d'énergie depuis 30 min
- Déshydratation chronique : tu bois moins que tu transpires depuis le matin
- Privation de sommeil : 4 h de nuit, ton cerveau te lâche entre km 200 et 250
- Solitude prolongée : 6 heures sans voir personne, ton mental tape
- Météo qui se dégrade : pluie froide pendant 2 h, le découragement monte vite
Tous ces creux sont temporaires. Ils durent 20-40 minutes et disparaissent quand tu manges, bois, parles, ou simplement quand le soleil revient. Ne prends jamais de décision majeure pendant un creux.
Comment bien gérer un creux
- Arrête-toi. Mets-toi à l'écart. Assieds-toi.
- Mange quelque chose de bon. Pas un gel. Un vrai morceau : pâtisserie, sandwich.
- Bois 500 ml d'eau. Tranquillement, en respirant.
- Appelle quelqu'un qui t'aime. Ton conjoint, un ami, un parent. Parle 5 minutes.
- Attends 20 minutes. Ne décide rien.
- Repars. Si, après ces 5 étapes, tu veux toujours abandonner, c'est probablement justifié.
Si tu abandonnes vraiment, voici comment
Préviens l'organisation (la plupart des bikepacking races ont un canal officiel). Trouve un point de transport public ou un hôtel. Évite de rentrer dans la nuit en pleine tempête émotionnelle.
Après l'abandon : ne rumine pas pendant des mois. Accorde-toi deux semaines de distance, puis écris ce qui s'est passé : la vraie cause, ce que tu ferais différemment, ce que tu as appris. Tu reviendras l'année suivante mieux armé.
La donnée qui rassure
Le chapitre 7 du livre approfondit le sujet
« Finir, même mal, c'est gagner. » — Le chapitre 7 de Ma Première Aventure passe en revue les bons et mauvais abandons avec des exemples concrets et des conseils pour rebondir. 9 €.
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